L'INVASION A COMMENCE'
L'heure est grave. Depuis des lunes, une conspiration se trame sous nos yeux et, pour l'instant, rares sont ceux qui s'en sont aperçus. Mais, certaines personnes veillent, n'est-ce-pas Simone
(Simone Weil... Compris? Désolé...")? En effet, chaque samedi de fin de semaine se répète inlassablement le même drame, mettant aux prises sensiblement les mêmes acteurs; et ce, partout en France... Je veux bien sûr parler des...
"... Envahisseurs. Ces êtres étranges venus d'une autre planète. Leur destination: la Night. Leur but: en faire leur univers. Mochman Crawford les a vus. Pour lui, tout a commencé par une nuit sombre, le long d'une route solitaire de campagne, alors qu'il cherchait un raccourci (-"Le bar à putes le plus proche s'il vous plaît?" -"Non, désolé, c'est complètement à l'opposé") qu'il ne trouva jamais. Cela a commencé par une auberge abandonnée, et par un homme que le manque de sommeil avait rendu trop las pour continuer sa route. Cela a commencé par l'atterrissage d'un vaisseau venu d'une autre galaxie ("Une Z4, je crois... Du jamais vu!"). Maintenant, Mochman Crawford sait que les envahisseurs sont là, qu'ils ont pris forme humaine, et qu'il lui faut convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé."
C'est un peu ça le topo... Les envahisseurs de discothèque, les extra-terrestres du night-clubbing, les intrus du dance floor... C'est une espèce vraiment étrange, dotée d'une ruse sans pareille pour nous leurrer. Certains illuminés prétendent même en avoir côtoyé de jour!!!
Dans tous les cas, ces êtres aux habits ultra-brillants et aux aux chevelures plus que gominées sont parmi nous. Et même s'il vous semble impossible pour l'instant de distinguer à travers leur habile déguisement leur vraie nature, voici les premières clefs pour reconnaître quelques unes de ces entités et se rendre compte qu'ils sont en fait maladroits dans leur pâle copie de l'homme normal de la nuit...
Il y a tout d'abord les
"Qui profitent du bruit pour beugler des paroles incompréhensibles". beaucoup de style en apparence mais... Imaginez que le son du DJ s'arrête pendant que tous ces gitans font semblant de connaître les chansons de Billy Paul ou de n'importe quel autre black soulman
("Parce que c'est trop la classe, mec! J'ai même acheté le Best Of mais j'ai pas eu l'temps d'l'écouter. Mais ça déch' quand même!")... Convenez, je vous prie, du ridicule de la situation:
- Pamela: "Waouh! C'est pas Mister Pau là-bas?"
- Cindy: "Ouiii! Il est trop giga beau et en plus, on dirait qu'il connaît la chanson qui passe!"
(soudain le diamant dérape de la platine et la boîte est envahie d'un lourd silence. Enfin, presque...)
- Mister Pau: "If, if I was a...euh, nanana!/ Wanégaine fonky style tonight/ I wanna... sexy pour moi and please stand up!/ Desire... woh ho oh ho oh!"
(après 15 minutes d'hilarité générale dans la boîte et une tentative de fuite depuis la terrasse de l'apprenti crooner...)
- Pamela: "Pfff, de toute façon, on m'avait dit qu'il était trop con, ce mec!"
- Cindy: "Clair! Viens on va voir ce mec bizarre là-bas: il a pas l'air très beau mais, lui au moins, il essaie pas de..."
- Mochman: "If, if I was a smakfunzane, strafzing und your song..."
Voilà comment identifier ce premier spécimen. Mais il y en a d'autres plus vicieux...
Vous voyez tous ce mec qui ne connaît pas le moindre mot d'aucune des chansons qui tournent depuis 5 heures de temps... Oui,
"L'Anglophone de 6ème B qui a forgé son anglais en écoutant les chansons des Poetic Lover" comme je l'appelle. Et puis, tout d'un coup, alors qu'il n'y croyait plus, miracle! En vient une dont il a appris toute une phrase entière. Alors là, tel le phénix qui renaît de ses cendres, le ringard renaît de son tas de merde, traverse toute la piste pour se mettre au milieu et taper sur l'épaule de Ruben et Angelo -ces deux potes- pour leur hurler aux oreilles la mesure fatidique, en accompagnant ces quelques mots d'une mise en scène préliminaire grossièrement ostentatoire. Là aussi, il est de bon aloi de souligner le grotesque de la situation:
- Tony (après 20 secondes d'un C-walk inconnu) : "SMOKE WEED EVERYDAYYY!!! Putain trop de la boulette de bête de balle, ce morceau!"
- Ruben: "Clair, mais tu m'as fait mal aux oreilles un peu et t'a tué mes Timb's. Tiens, il passe Changes. Vas-y gros, rappe-ça!"
- Tony: "Wah, les mecs, j'crois qu'y'a une go qui m'a fait un signe de dos là-bas au fond... Désolé, j'dois y'aller! Et puis, comme tu l'as vu, je rappe que sur du 50 Cent! WESTCOAST FOREVER!"
- Angelo: "On te rappelle comme d'hab pour K-Maro..."
- Tony: "Merci les mecs! Restez getto!"
Après, il existe une autre catégorie d'envahisseurs de la night que j'ai baptisés... les "Qu'en n'ont rien à branler de toute façon"! Ce sont les plus durs ou presque à démasquer: ils nous ressemblent vraiment, ont toutes nos attitudes mais sont trahies par une situation spécifique: la conversation sérieuse... Une démonstration simple vaut mieux que tout un long bordel de description fastidieuse avec des mots du dictionnaire:
- Rodrigo: "Adieu mec! Ca fait une paye! Tu vas bien?"
- Timothé: "Bof, moyen: la meuf que tu m'as présenté m'a refilé le SIDA..."
- Rodrigo: "Ah, cool! Et sinon, ton frère pète toujours la forme?"
- Timothé:" Ben, depuis le coup de barre-à-mine que tu lui as mis dans la gorge, il est muet. Et puis, j'aurais davantage de nouvelles quand il sortira du coma..."
- Rodrigo: "Génial! Dis-lui qu'il m'doit une revanche au karaoké! Et sinon, prêt à partir skier en famille, mon salaud?"
- Timothé: "Euh... J'y vais plus depuis que mes parents sont morts dans cette avalanche, pile le jour où tu faisais du hors-piste au-dessus d'eux..."
- Rodrigo: "Parfait! Tu leur enverras le bonjour. Et sinon,..."
(départ précipité de notre sujet qui ne prend pas la peine de finir sa phrase car il a repéré dans la salle une personne plus prestigieuse à qui "parler")
Mais ça n'est là qu'un rapide descriptif de ce à quoi vous pouvez être confrontés dans l'atmosphère obscure et moite de la nuit. Ainsi, vous aurez tout loisir de pister désormais d'autres représentants de cette espèce. Comme les "Comment j'ai mis le feu en dansant sur le podium tout à l'heure", les "Toujours un verre à la main pour le style", les "Merde, j'ai l'impression que tout le monde me regarde", les "Qui restent callés sur les banquettes en dénigrant ceux qui s'amusent pour de vrai" ou encore les "Toujours à l'affût pour trouver une main à serrer"...
Vous pourrez pas dire que vous n'étiez pas prévenu maintenant... Soyez sur vos gardes.
PS: Cet article, comme vous l'aurez compris, marque une première pour moi puisque j'ai pénétré ("Mmmhhh...") dans un endroit où tout le monde n'est pas toujours admis. Mais, je tiens à vous rassurer: contrairement à ce que les noms de mes protagonistes laissent sous-entendre dans les exemples choisis, les boîtes de ma région ne sont pas uniquement fréquentées par des gitans et autres populaces mexicaines. Qu'on se le dise...
PPS: Mais c'est quand même salement différent de ce à quoi je m'attendais. Faut dire, je carburais sur des vidéos de
fêtes ricaines moi aussi...