On m'avait prévenu...
"Ta prose dérange les puissants de ce monde, Mochman. Repars niquer les chèvres, va ! C'est le mieux que t'aies à faire...".
Et en effet, je n'ai pas eu à attendre longtemps avant de m'en rendre compte. Voici en exclusivité un extrait quasi-complet du courrier électronique que m'a adressé John McBrisburn, créateur de Facebook:
"Cher Monsieur Mochman Judah Crawford,
Comme vous l'ont probablement notifié mes avocats il y a de cela un mois environ, votre profil ne correspond pas exactement à ce pourquoi Facebook a été créé ; d'où la demande qui vous a été faite de clôturer le plus rapidement possible votre compte.
Toutefois, c'est à la faveur d'un vide juridique propre au système légal français que vous avez pu conserver votre adresse Facebook. Du moins jusqu'à aujourd'hui.
Car en effet, vous n'êtes pas sans savoir que mon entreprise Facebooc Inc. bat des records de bénéfices actuellement et m'a notamment propulsé parmi les 100 plus grandes fortunes mondiales.
C'est donc en gage de ma bonne volonté et dans un souci de règlement amiable du contentieux qui nous oppose que je vous fait parvenir la proposition que voici: une somme de xxx millions de dollars en échange de la promesse devant un juge de fermer prochainement votre compte Facebook.
Très respectueusement.
Honoré que ce jeune entrepreneur aux dents longues daigne s'adresser en personne à la vieille dégueulasserie que je suis, je me suis fendu d'une réponse aussi respectueuse que possible ; histoire de faire comprendre à Tonton La Magouille qu'il avait pas affaire à un ingrat:
"Cher Monsieur John McBrisburn,
J'ai été très touché que vous preniez un tel soin à veiller sur le bon fonctionnement de votre site, tant il est vrai qu'on croise parfois de sacrés zozos sur ce genre de plateforme Internet.
Mais j'ai cru comprendre que vous vouliez, pour une raison obscure, me faire emprunter le chemin de la sortie ; et ce, le plus discrètement possible afin d'éviter le mouvement de panique qui accompagnerait la nouvelle de mon départ de Facebook.
Mais moi, j'aime bien votre site à la con et comme il me permet de rentrer en contact avec plein de gens, je crains de ne pouvoir accéder à votre requête.
Je crains aussi d'avoir à vous traiter d'enculé de votre race, de gros bâtard et de tarlouze de merde mais ça, c'est encore autre chose.
Très respectueusement dans ton cul.
Comme vous pouviez vous en douter, je n'ai pas mis longtemps à recevoir une réponse à ce courrier dans ma boîte aux lettres:
"Cher Monsieur Mochman Judah Crawford,
Je vous dois des excuses.
Je crois que je suis parti du mauvais pied avec vous. Et je tiens à laver l'éventuel affront que j'ai pu vous faire sans m'en rendre compte.
Pour être plus clair: indiquez-moi un prix et vous serez entendu.
Très respectueusement.
Là encore, je ne pouvais rester sans réagir:
"Cher Monsieur John McBrisburn,
Je suis encore très touché devant tant d'égard à mon endroit et vous assure de ma plus grande affection.
Mais j'ai bien peur d'avoir à vous éconduire une nouvelle fois puisque votre site est un terrain d'expression et de rencontre inespéré pour moi.
Donc, je ne lâcherai pas le steack. Qu'on se le dise...
Très respectueusement.
Sans être doté de ce sixième sens que les filles et les épagneuls bretons prétendent avoir, je pressentais que ma missive ne resterait pas lettre morte. Le ton a légèrement changé entre temps:
"Cher petit enculé,
T'es un homme mort. Sans déconner, je vais te faire la peau. J'ai le bras long, tellement long que je peux te broyer les couilles à mains nues sans quitter la terrasse de ma villa à Miami Beach.
Je suis respecté dans le monde entier pour avoir mis en place une surface d'interactivité unique en son genre, permettant à des gens normaux de lier des contacts ordinaires dans un contexte banal.
Et voilà que mon service juridique m'appelle un beau jour, affolé, pour m'indiquer que 3 561 478 de facebookers ont déposé une plainte conjointe contre toi !
Alors que t'étais enregistré depuis moins d'une semaine !
J'ai naturellement délégué ton cas à mes plus fins experts, pensant qu'une forte indemnisation pécunière clôrait ce chapitre cocasse de l'histoire de mon site.
Mais non... Non !
Il a fallu que je bouge mon cul ! Mon putain de gros cul jusqu'à toi ! Et pour voir quoi ? Un p'tit con qui avait créé un groupe pour la légalisation du GHB, qui prétendait être à l'Université Francis Heaulme de Pau et qui avait un penchant avoué pour le viol de bibliothécaires !
Bordel, c'est quoi ton problème, p'tit merdeux ?
Mais sache que ça sera ton dernier coup d'éclat ! J'ai mis un contrat sur ta tête qui sera mis à exécution à la fin de la semaine si ton compte n'est pas clôturé d'ici là !
Alors, qui chie dans les bottes à qui maintenant ?
Très respectueusement.
Bon autant vous dire que je claironnais un tantinnet moins fort quand j'ai lu ces mots-là. Mais j'ai quand même tenté de faire bonne figure, au moins pour sauver les apparences:
"Cher Monsieur John McBrisburn,
Après une longue réflexion, je crois avoir bien fait le tour de la question et je pense qu'il serait plus simple pour tout le monde que je me retire de Facebook.
Mais est-ce que je pourrais quand même toucher les xxx millions de dollars dont il avait été question au début ?
Merci d'avance.
J'attends toujours la réponse par contre. Elle tarde un peu...
Alors du coup, pour pas rester les bras croisés, j'ai trouvé une solution de rechange plutôt bien chiadée...
... site consacré au hip hop mais avec, je vous rassure des sections consacrés au porno, d'autres aux actrices de cul et enfin des vidéos pour illustrer tout ça.
Ah oui, et j'ai aussi ma propre section dans ce joli merdier ! Accessible sous réserve d'enregistrement préalable quand même...
